Le 11 février prochain sort en salles Send Help, où Rachel McAdams interprète une survivante d’un crash aérien contrainte de composer avec son horrible boss pour rester en vie. Un pitch accrocheur, mais qu’on n’aurait sans doute pas relevé sans le nom derrière la caméra, familier comme un bon vieux rock pour les cinéphiles : Sam Raimi.
Samuel Marshall Raimi naît en 1959 dans le Michigan. S’il ne vous est pas familier, c’est sans doute en partie à dessein : discret et modeste, il est pourtant l’un des secrets les moins bien gardés d’Hollywood. Dès l’enfance, il se passionne pour le cinéma et, à 16 ans, rencontre Bruce Campbell, autre nerd passionné, avec lequel il enchaîne les courts-métrages et qu’il ne quittera plus jamais.
Samstème D
Adepte du système D et des effets pratiques, Raimi trouve dans l’horreur un terrain de jeu idéal. Il débute dans l’épouvante avec Evil Dead en 1981, où un livre maudit que tout le monde laisse traîner a la fâcheuse manie de réveiller les morts… Première collaboration sur un long métrage avec Bruce Campbell, dans le rôle du dur à cuire Ash Williams. Tourné avec trois bouts de ficelle, le film impose un cinéma où les contraintes deviennent moteur créatif. Si vous trouvez le terme « culte » galvaudé et que vous ne devez l’utiliser qu’une dernière fois, veillez à ce que ce soit pour Evil Dead.
Sam des années 80
En éternel sale gosse, Raimi aime le grotesque et l’humour cruel. Dès son deuxième long métrage, Mort sur le Grill (1985), coécrit avec les frères Coen, il s’essaie à la comédie — échec cuisant. Il fait alors le pari fou de donner une suite à Evil Dead en 1987, avec le même scénario, mais sous un angle ouvertement comique. Le résultat est dérangeant et hilarant : c’est la « patte » Sam Raimi, un esprit qui inspirera toute une génération de cinéastes, d’Eli Roth à Fede Álvarez.
Summer of Sam
Seuls ceux qui ont vécu sous Chirac se souviennent que le film de super-héros se limitait aux Batman de Tim Burton et aux Superman de Richard Donner. Après quelques détours — western (Mort ou Vif), thriller (Un Plan Simple), drame (Pour l’Amour du Jeu) — Raimi s’empare en 2002 de Spider-Man avec Tobey Maguire, tout en respectant le matériau d’origine, sans jamais tomber dans le ridicule. Le succès est massif et installe Raimi à Hollywood, faisant de lui le 14e réalisateur le plus rentable de l’histoire. Sur les plateaux, il est alors connu pour sa grande exigence — costume-cravate obligatoire — tempérée par un esprit bon enfant.
Sams of Anarchy
Suivra Jusqu’en Enfer (2009), vraie série B sadique, puis un long silence. Raimi reviendra finalement au super-héros le temps de Doctor Strange 2, mais vidé de sa singularité par la machine Marvel. Send Help arrive précisément après cette parenthèse contrainte. Interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis, le film laisse espérer un Raimi qui reprend enfin la main, renouant avec ce goût du grotesque et du rire nerveux qui traverse toute sa filmographie. Un énième pied de nez pour cet ado surdoué de 66 ans.
AXEL KRIEF
Send Help, sortie le mercredi 11 février